Une feuille de dessin posée sur une table. Uniformément blanche. La main hésite, trace un signe incertain, embryonnaire. Ne sait encore comment poursuivre mais poursuit, ne sait encore où aller mais va. Aucun plan, aucun croquis préparatoire. Seul compte l’instant. Ne rien savoir à l’avance, ou le moins possible. Ne pas réfléchir. Dessiner. Dans le noir du dedans. De cette aventure intuitive naît une alchimie de lignes et de formes ne répondant qu’à la nécessité intérieure du dessin, espace infini d’explorations. Dessiner n’est plus seulement acte graphique mais expérience de vie.

Les dessins de Gérard Nicollet, nous introduisent à la découverte d’un univers inconnu. Un monde nouveau dans lequel se produisent d’improbables rencontres. Au centre d’oeufs magiques surgissent personnages ou insectes. Un homme immobile prisonnier d’un réseau de cordes et de fils entrecroisés. De petites bulles serrées où brillent des yeux. Une géographie cosmique, cellulaire, émerge peu à peu à la pointe du stylo, de la plume ou du crayon, en noir et blanc ou en couleurs, empruntant au tissage, à la broderie et à la frise. C’est à un voyage à l’intérieur du corps, sous les paupières, que cet univers graphique exigeant nous invite.